Tour du Mont Blanc 2

Dimanche 02 Octobre 2016

Les prévisions avaient annoncé de la pluie en matinée. Il n'en était rien. Après un réveil quelque peu agité, - au refuge du col Chécrouit - nous descendions sur Courmayeur, une pente abrupte traversée par un sentier interminable et d'innombrables virages en Zig-Zag qu'il dessinait. Notre passage dans cette station de ski provoquait un sentiment étrange de mal-être et de confusion. Après seulement quatre jours d'autonomie, l'habitude de la solitude et du calme était devenu stable, presque une accoutumance du matin au soir. De courte durée, cette pause fut nécessaire pour reprendre des forces.

Nous repartions en direction de la Lèche à 1929 mètres d'altitude depuis les 1226 mètres de Courmayeur. L'arrivée au sommet nous offrait une vue imprenable sur les Grandes Jorasses - ces lames verticalement aiguisées - et pour la première fois, le sommet du Mont Blanc essayant encore de repousser les nuages agrippés de toute part. Nous les guettions, les épions de l'autre côté comme si ce sommet mythique était devenu, puisqu’invisible, une chasse, une quête du Graal.

Nous étions là pour l'observer, le scruter, mais ses rares apparitions trop succinctes en faisaient un fantôme. Depuis 3 jours, cette Arlésienne de blanc vêtue devenait réalité et le moment fut émouvant. Nous restions immobiles et muets, peut-être de peur d'une nouvelle disparition qui nous figeait ainsi. Après l'avoir apprécié et dégusté, le Mont Blanc se voilait et nous sommait de déguerpir à l'approche de gros nuages noirs et orageux approchant dans notre dos. Trois heures de marche plus tard, nous arrivions au refuge Bonatti. Toujours face aux Grandes Jorasses, nous remplissions les gourdes et profitions d'une trêve pour récupérer avant de trouver un lieu de bivouac.

A peine 20 minutes plus tard, la pluie se mettait à tomber. Une course effrénée commençait, nous obligeant à courir dans les dévers, à anticiper le moindre obstacle tout en cherchant un coin pour planter les tentes. L'humidité ambiante nous rendait acerbe et fulminant envers nous-même. Dans un premier temps, nous ruminions contre l'élément essayant de le défier. Puis, petit à petit, cette attitude acariâtre, un brin atrabilaire s’amenuisait. Nous nous émancipions de la sujétion que représentait les bons vouloirs de mère Nature et la pluie devenait une fatalité plus qu'une dépendance. Cet affranchissement nous procurait un sentiment de liberté, nous pouvions aller et venir au gré des vents, des pluies et du soleil. Il nous donnait même des forces et du mental pour clôturer notre 4ème jour de marche.

Aux alentours de 18h30, nous arrivions au refuge fermé d'Arp-Nouva-Desot. Après l'avoir contourné, aucun doute ne fut possible. Toutes les portes étaient closes et cette nouvelle ne nous enchantait guère et paraissait lugubre. Nous étions passé devant une cabane à quelques mètres de là, en pierre et intégrée dans la pente terreuse. Aucune fenêtre n'en éclairait l'intérieur. N'ayant pas le choix, nous nous changerons ici. Nos vêtements imbibés et détrempés dégoulinaient l'eau qu'ils ne pouvaient plus absorber. Se changer était une nécessité si nous voulions manger et dormir au sec et surtout ne pas tomber malade. Les frontales sur les têtes, nous devions faire attention à ne pas marcher sur des excréments humains. L'insalubrité de la pièce était écœurante mais devant le peu de choix que nous avions, chacun son tour passa des vêtements secs.

Dehors, la pluie cessa et le ciel se dégagea. Les tentes furent installés devant le refuge. Nous pûmes ainsi profiter de l'extérieur et allâmes au lit vers 21h30, fatigués mais satisfaits de la journée.

 

Jour 4 : Col Chécrouit/Arp-Nouva-Desot (+1000m -1200m), Italie, TMB 2012, le 04/09/12


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