Tour du Mont Blanc

Dimanche 02 Octobre 2016

Récit de voyage :

 

Je compris tout de suite ce qu'il voulait dire. Peut-être que la fatigue physique des jours précédents - de marche intensive - pesait sur les esprits mais nos corps encaissaient ce malmenage avec une étonnante facilité. Les deux dernières nuits ont été courtes et j'aurais donné cher à parier que le manque de sommeil nous jouait des tours.

- "Glacier arrogant". Avez-vous déjà trouvé visuellement qu'une lampe vous snobe ou qu'une chaussure est insolente? Peu d'entre vous, sans doute. La question n'est pas là en tout cas, mais ce qui frappa le groupe, c'est que oui, ce glacier était arrogant.

Nous traversions le Val Veny (Italie) d'ouest en est depuis le col de la Seigne au petit matin. Il faisait beau et le soleil se leva vers 7 h sur le glacier des glaciers après un cache-cache de deux jours. Il nous chauffera toute la journée mais les nuages l'épuiseront et auront raison de lui peu avant 17h. La pluie venait assombrir le décor quand nous progressions dans les pentes de "Maison Vieille", des alpages de prairies verdoyantes. A notre droite, les sommets dessinaient la frontière avec l'Aoste et de l'autre côté, la face sud du Mont Blanc, cachée derrière un épais brouillard laissait entrevoir le bas des glaciers. Il crachaient d'abondantes quantités d'eau et le raffut qui en émanait était perceptible même depuis notre position, les clapotis des gouttes de pluie sur les capuches n'étant pas suffisant pour couvrir le bruit des cascades.

Une heure plus tard, le brouillard se levait et nous offrait une vue sur l'Aiguille Noire, surplombant nos silhouettes frêles et fragiles en comparaison. A ses pieds, plusieurs glaciers l'entouraient tels des remparts, des fortifications de protection et de défense. Il en était un, plus massif est plus grand que les autres, proposant son mur de glace imposant en avant et l'arborant fièrement, lequel, jonché de dizaines de crevasses, naviguait entre les roches avec l'aisance d'un paquebot et la forme de sa proue.

Il était là, puissant et immobile, nous narguant de sa prestance, accroché aux sommets, les caressant et leur arrachant la roche pour se fabriquer un nid douillé. Ces lieux en étaient sa maison, comme un presbytère pour sa paroisse, indissociable de la montagne. Il faisait comprendre, par ses craquements bruyants et insolents que notre présence gênait, dérangeait. Nous subodorions une prétentieuse attitude, une outrecuidance étouffante et suffocante. Glacés par ce sentiment, nous reprenions le chemin en direction du col Chécrouit tout en jetant un œil dans sa direction, lui qui nous fit rêver l'espace d'un instant, le glacier de la Brenva, l'arrogant glacier.

Jour 3 : La-Ville-des-Glaciers/Col Chécrouit (+1510m -1300m), TMB 2012, le 03/09/12

 

 


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